MONOGRAPHIE COMMUNALE DE RAMBOUILLET (1899)

          Géographie

     1° Situation, sol, eaux, voies

Rambouillet chef-lieu d'un des plus beaux arrondissements de Seine-et-Oise, est situé dans le sud-ouest du département, par 48° 38' 5" de latitude nord et 0° 30' 26" de longitude ouest. 

          Il est borné au nord et au nord-est par les communes de Poigny, des Bréviaires, du Perray, de Vieille-Eglise; au sud-est, parc celles de Clairefontaine, Sonchamp, Orcemont; au sud et à l'ouest par celle de Gazeran. 

          Rambouillet a aujourd'hui une population totale de  6090 habitants. La superficie du territoire est de 1092 hectares, dont 925 en labours, 49 en cultures diverses et 118 en forêts. 

          La ville est construite en partie sur un plateau situé à une altitude moyenne de 170 mètres et en partie sur le versant ouest de ce plateau. 

          Le sol du territoire est essentiellement calcaire. La couche superficielle d'une épaisseur moyenne de 2 mètres, repose tantôt sur un banc de sable sans coquille, tantôt sur un lit de glaise recouvert de marne. 

          La température moyenne est légèrement inférieure à celle de la contrée, cela tient probablement à l'altitude et à la proximité de la forêt. 

          Le sol du plateau rambolitain est élevé et uni dans son ensemble. Les parties boisées s'exhaussent un peu sans toutefois que la différence entre les points culminants et les vallées les plus basses excède une cinquantaine de mètres. 

          Les étangs y sont fort nombreux. On y trouve à l'est l'étang de la Cour sur les bords duquel les amateurs de chasse à courre se donnent fidèlement rendez-vous le lundi de Pâques de chaque année. Il est en outre le point de départ des rigoles qui conduisent les eaux de la forêt à Versailles, notamment celles des étangs du Perray et de St Hubert. 

De l'étang d'Or, au sud de Rambouillet, sort la Droue, affluent de la Drouette ou Guéville. Les eaux des étangs du Coupe-Gorge, du Gruyer, du Moulinet et de l'étang Neuf sont apportées à Rambouillet par un ruisseau qui, après avoir alimenté le lavoir de Groussay va se perdre dans les canaux du parc. A leur tour, ceux-ci donnent naissance à la Guéville affluent de l'Eure et citée plus haut. 

          Les routes nationales n° 10 et 191 se dirigeant, la première vers Chartres et Brest, l'autre vers Etampes et Orléans; les routes départementales n°8 et 56, se prolongeant, l'une ver Cernay et Chevreuse, l'autre vers Houdan; un réseau assez important de chemins vicinaux, généralement bien entretenus sillonnent le territoire de la commune, traversé en outre du nord au sud par la grande ligne ferrée de Paris à Brest. 

          La flore de Rambouillet ne présente aucune particularité remarquable. Les cerfs, les chevreuils, les faisans, d'ailleurs élevés par les propriétaires de grandes chasses et les lapins surtout pullulent dans la forêt. 

          2° Propriété, culture, élevage

          La propriété est assez morcelée. La culture des céréales domine. L'exploitation de la forêt fournit des bois de chauffage et de construction ainsi que du tan en assez grande quantité. Un horticulteur, M. Dallemagne premier Adjoint au Maire de Rambouillet et Conseiller d'arrondissement, s'est fait une spécialité de la culture des orchidées qu'il exporte dans le monde entier. Quelques maraîchers vivent du produit de leurs légumes. 

          L'élevage du bétail y est presque nul, les prairies font d'ailleurs défaut. Rambouillet ayant depuis quelques années un champ de courses, plusieurs particuliers soignent, dressent et entraînent quelques chevaux. Les hameaux de Grenonvilliers, du Pâtis ont quelques vaches laitières et des volailles. La ferme nationale créée par Louis XVI a le privilège d'avoir possédé le premier troupeau de moutons mérinos importé d'Espagne en France. 

          La perdrix, la caille, le faisan, le lièvre et le lapin constituent le gibier ordinaire de la région. Ces derniers animaux sont si nombreux qu'on les considère comme nuisibles et qu'on les détruit autant qu'il est possible de le faire. 

          3° Industrie

          Rambouillet possède un four à chaux, une briqueterie, une scierie mécanique, une fabrique de ressorts d'horlogerie qui fait l'exportation, une fabrique de corsets travaillant pour Paris, une fonderie de métaux. On y fait aussi des casquettes et des cure-dents. Deux mécaniciens installent dans la région des pompes de toute nature. 

          Le petit commerce n'y est pas florissant; un grand nombre d'habitants s'approvisionnent à Paris où ils trouvent des marchandises à des conditions plus avantageuses. Deux foires se tiennent à Rambouillet, l'une après Pâques et l'autre au mois de septembre de chaque année, elles perdent peu à peu de leur importance. Il en est de même du marché hebdomadaire.  

Histoire

1° Etymologie 

         Diverses étymologies ont été données au mot Rambouillet. L'une serait d'origine latine: Ru ambo villa ou village entre deux rus. Elle s'expliquerait assez à cause de la situation de la ville entre la Drouette d'une part; la Guéville, les canaux et le ruisseau qui y aboutit, d'autre part. Une autre classe nettement Rambouillet parmi les noms d'origine gauloise. Il signifierait: situé au détour des rameaux et serait formé de raim, rameaux, bou extrémité, courbures. 

       Les anciennes formes du nom seraient: Rumbelitum (768) puis Ramboulletum, plus vulgairement Rambullet ou Ramboullet et enfin Rambouillet dès le Moyen-Age. 

2° Domaine de Rambouillet

         D'après d'anciennes chroniques, le domaine de Rambouillet est d'une haute antiquité. Bâti au milieu de la forêt d'Yveline, il faisait partie du domaine royal dès le règne de Clovis qui fit don à l'évêque de Reims. A la mort de ce roi, ses fils reprirent possession de ce domaine. Il échut en partage à Clodomir, puis passa successivement aux mains de Clotaire, de Charibert et de Chilpéric. 

         Plus tard, Pépin le Bref en fit don à l'abbaye de St Denis, qui le conserva environ deux cents ans. Nous le retrouvons ensuite dans le patrimoine de Hugues Capet, avant le règne duquel un manoir, pourvu d'une grosse tour qui est celle du château actuel, avait été construite. 

         Guillaume de Hainaut, favori de Robert le Pieux, reçut de celui-ci le titre de châtelain héréditaire et de gruyer (grand officier royal de la forêt) de l'Yveline. Aussi, à sa mort, sa veuve fut elle qualifiée du titre de dame de Montfort, de Rambouillet, d'Epernon, etc... 

         Différents actes publics constatent que le domaine de Rambouillet n'a cessé d'appartenir à la maison de Montfort jusqu'en 1218. C'est alors qu'il fut détaché des biens de cette maison pour composer la dot de la fille de Simon IV, qui épousa le seigneur normand de la Roche-Tesson. 

         En 1367, Jeanne Breucourt possédait la seigneurie de Rambouillet et l'apportait en dot à Girard de Tournelin. Tous deux la revendirent à Jean Bernier, maître des requêtes du roi Charles V, moyennant 700 livres. Guillaume Bernier s'en défit à son tour en 1383. Le nouvel acquéreur, le fondateur de Rambouillet, fut Regnault d'Angennes, grand écuyer et premier valet tranchant du roi Charles VI. Il l'obtint en échange d'une propriété sise à (Rueil) Bouzenval et moyennant une soulte de 3000 f. 

         Jean I d'Angennes fut gouverneur du Dauphiné. Sa bravoure, lors de la défense de Cherbourg, en 1417, fut telle que les Anglais, pour n'avoir plus à lutter contre un ennemi aussi redoutable, lui firent trancher la tête après l'avoir fait prisonnier à Rouen. 

         Jean II d'Angennes, obligé de réédifier son "chastel" dévasté par les Anglais, bâtit le château moderne. De cette construction, il ne reste que la tour. L'aile gauche a été détruite, les autres parties ont été remaniées au point de vue architectural; le plan de l'édifice n'a pas été modifié. C'est aussi à cette époque que fut construite l'ancienne église.        

         Jacques d'Angennes reçut à Rambouillet François I, qui mourut au château le 31 mars 1547. 

         En 1562, Catherine de Médicis y attendit en compagnie de son fils Charles IX, l'issue de la bataille de Dreux. 

         En 1588, Henri III, fuyant Paris après la journée des Barricades y "coucha tout botté". 

         Ce fut en 1612 que la seigneurie de Rambouillet fut érigée en marquisat pour Charles d'Angennes époux de Catherine de Vivonne qui, sous le nom de Marquise de Rambouillet exerça une si puissante influence sur le mouvement littéraire du XVIIe siècle. Mademoiselle de Soudéri, Voiture assistaient régulièrement aux réunions des beaux esprits du siècle à l'hôtel de Rambouillet, que Charles d'Angennes avait fait bâtir, rue St Thomas du Louvre. 

         Parmi les grands seigneurs qui s'y réunissaient, on remarquait en outre le marquis d'Angennes, le Cardinal de Richelieu, Condé, Montausier, parmi les beaux esprits, Voiture, Balzac, Ménage, Chapelain, les Scudéry, l'abbé Cottin; parmi les femmes, Mme de Sévigné, la duchesse de Longueville et Julie d'Angennes, depuis duchesse de Montausier, fille de la marquise de Rambouillet et le plus bel ornement du cercle. Chacune des personnes de la société recevait un nom emprunté à la Grèce ou tiré des romans à la mode. Les femmes se donnaient à elles-mêmes le nom de précieuses. Molière leur a porté un coup mortel dans ses Précieuses ridicules. 

         La fille du duc de Montausier porta, par son mariage, la terre de Rambouillet à la maison d'Uzès. Elle mourut sans postérité et à la mort du duc en 1699, Rambouillet fut acheté par le directeur général des finances Fleuriau d'Armenonville, qui l'agrandit et l'embellit.

         En 1706, il fut de nouveau vendu au comte de Toulouse fils de Louis XIV et de Mme de Montespan et en faveur duquel le domaine fut érigé en duché-prairie. Louis XIV y vint avec Mme de Maintenon, Louis XV y fut attiré par la belle comtesse de Toulouse. 

         C'est à ces derniers propriétaires que Rambouillet doit son hôpital. Leur fils, le duc de Penthièvre, prit cet établissement sous sa protection, fit bâtir celui qui existe aujourd'hui et fit placer au frontispice de la porte d'entrée le nom de sa mère. Puis, cédant aux instances de Louis XVI, il lui vendit son domaine en 1783, moyennant le prix de 16 millions de francs. 

          Louis XVI y fit élever de vastes bâtiments où il logea sa vénerie et ses équipages de chasse. Il construisit aussi la Laiterie de Marie Antoinette; une femme modèle, dans laquelle il établit, en 1786, une bergerie pour la propagation des moutons à laine fine (aujourd'hui la Ferme et la Bergerie nationales). 

         En 1791 le domaine fut réuni par la Constitution à la liste civile, et, en 1792, lorsque la royauté fut abolie, il fit retour à l'Etat, qui vendit les dépendances et ne conserva que le château, le parc et la forêt. 

         En 1805, nous voyons encore Rambouillet figurer dans la liste civile impériale. Napoléon Ier y chassait quelques fois. En 1810, il y rendit le décret qui réunissait la Hollande à la France. En 1814, Marie-Louise, quittant Paris menacé par les alliés, y séjourna 10 jours avant son départ pour Vienne. Napoléon Ier y passa la nuit du 25 au 26 juin 1815, alors qu'il prenait le chemin de l'exil. 

         Le 15 janvier 1790, lors de la création des départements, Rambouillet devint chef-lieu de district. De 1800 à 1811 il ne fut que simple chef-lieu de canton. Un décret du 11 juillet 1811 en fit une sous-préfecture. Napoléon Ier avait lui-même tracé sur une carte les limites de l'arrondissement après avoir dit à une députation du corps municipale: "Je ne conçois pas comment on a pu me laisser oublier Rambouillet en 1800". Il donna en outre à Rambouillet quinze mille francs de rentes et abandonna le loyer de l'Hôtel de ville que Louis XVI avait fait construire et qu'il avait prêté à la Ville pour un loyer annuel de mille livres. Cet Hôtel de ville servait en même temps au Tribunal et cet état des choses dura jusqu'en 1897, époque à laquelle fut inauguré le nouveau Palais de justice. 

         Sous la Restauration, Rambouillet fit partie des listes civiles de Louis XVIII et de Charles X. Ce dernier y signa son abdication et le quitta le 3 août 1830 pour se rendre à Cherbourg, où il s'embarqua. 

          De 1830 à 1848, le château et le parc furent loués par le baron de Schlickler puis par le comte Duchâtel, ministre de l'intérieur. 

         Après la troisième révolution des entrepreneurs de fêtes publiques prirent le château à bail et le transformèrent en cabaret avec bal public. 

         Enfin sous le second empire il rentra dans la liste civile. Depuis1870 il appartient à l'Etat. Napoléon III séjourna jamais longtemps à Rambouillet. Il donna cependant cent mille francs pour la construction de la nouvelle église édifiée en 1868. 

3° Curiosités

          Citons tout d'abord, dans le château, les superbes boiseries en chêne exécutées sou Louis XV par ordre du comte de Toulouse. 

         Le parterre renferme un magnifique quinconce, des avenues d'anciens séculaires, une avenue de cyprès de la Louisiane, unique en Europe, et des arbres de toutes essences. 

         Les canaux, immense pièce d'eau en forme de trapèze partagée par quatre grandes iles plantées d'arbres, renferment l'île des Roches où se trouve la grotte dite de Rabelais. 

         Le jardin anglais, dessiné par ordre du duc de Penthièvre, abonde en arbres exotiques. Les prairies en sont sillonnées par les gracieux méandres de la Guéville dont les eaux semblent s'échapper du Rocher des amants malheureux. On y voit aussi le Coquillage , chaumière dont l'intérieur est tapissé de coquilles produisant un merveilleux effet; la pierre de Napoléon, sorte de banc rustique sur lequel l'empereur aurait tracé le plan de sa campagne de Russie, et l'Ermitage, avec sa chapelle ornée de peintures et cachée sous d'épais ombrages. 

         Le parc, l'un des plus beaux et des plus grands de France, contient plus de 1200 hectares, terres et bois, clos de murs. On y trouve aussi la Ferme et la Bergerie nationale, puis la Laitière de la Reine où l'on, admire une nymphe culptée par Beauvalet et les Saisons de Sauvage. 

         L'église renferme plusieurs tableaux célèbres: le Christ en Croix, de Thévenin; la Conversion de St Hubert, de Carle Vanloo, St Lubin, d'E. Tourneux. 

         Les portraits du Comte de Toulouse et du duc de Penthièvre, attribués à Boucher, ornent la salle du Conseil à l'Hôtel de Ville. 

         Rambouillet possède en outre de belles casernes, et depuis 1877, une école d'enfants de troupes; une gendarmerie coquette construite en 1883, un admirable Palais de Justice et de nouvelles prisons inaugurés en 1886, enfin, depuis cette même année 1896, des Ecoles modèles au point de vue de la disposition des locaux. 

 

4° Personnages célèbres

         Rambouillet a vu naître René Masson, l'explorateur bien connu et l'amiral Besnard, récemment ministre de la Marine. 

5° Finances

         L'administration des finances y est représentée par un Receveur particulier, un sous Directeur des Contributions indirectes , un Conservateur des hypothèques, un Receveur de l'Enregistrement et un Receveur des Domaines et du Timbre. 

6° Institutions de prévoyance

         Rambouillet possède une Caisse d'épargne depuis 1844. Elle a délivré depuis cette époque 35 290 livrets et reçu 50 millions de francs. La France prévoyante, les Prévoyants de l'Avenir y comptent un grand nombre d'adhérents. La Société locale de Secours mutuels y est très florissante. 

         L'Hospice dû à la charité du comte de Toulouse et du duc de Penthièvre, reçoit les vieillards et les malades de la région moyennant une modique rétribution. Un hôpital militaire, pour l'installation duquel la Ville a donné le local de l'ancienne école des garçons, va être annexé à l'hospice auquel il sera relié par une galerie vitrée. 

7° Développement économique

         Au XIIIe siècle, Rambouillet n'avait que 750 habitants; en 1736, le chiffre de la population s'était élevé à 1550; en 1763, il était de de 227, soit un accroissement de 680 habitants en moins de 30 ans et cela grâce à la charité du duc de Penthièvre, à la concentration d'administrations à Rambouillet et surtout à l'accroissement du commerce et des transports sur la route de Chartres. 

         Dans la période de 1763 à 1790 le progrès s'accentua davantage et Rambouillet gagna encore 850 habitants. De 1790 à 1830 le chiffre de la population est resté à peu près stationnaire, il était en effet de 3007 en 1834. Depuis cette époque il a repris sa marche ascendante pour atteindre 5663 en 1886 et 6090 en 1896. Rambouillet n'est en effet qu'à une heure de Paris, sa forêt, ses promenades magnifiques, l'air pur et vivifiant qu'on y respire, la tranquillité, qu'on y trouve y attirent de plus en plus les promeneurs et les touristes. D'un autre côté, l'installation récente d'un service de distribution d'eaux à domicile, la réparation des voies existantes, le percement de nouvelles artères, les constructions nouvelles sur le plateau où s'étend aujourd'hui le "Rambouillet neuf" sont aussi de nature à y faire affluer, dans un avenir qui n'est pas éloigné, sous les citadins en quête d'un séjour d'été agréable. 

L'Instruction publique à venir prochainement..

Source: les archives départementales des Yvelines, monographie communale de Rambouillet écrite par l'Instituteur en 1899, cote: 1T / MONO 10 [20]